L’argent en politique

Depuis une dizaine de jours, des chroniqueurs de La Presse ont publié une série d’articles sur la diminution du montant maximal de don à un parti politique, proposée par le gouvernement du Parti Québécois. Après Vincent Marissal et Alain Dubuc, la plus récente intervention est celle de Lysiane Gagnon, ce matin. (C’est aussi la meilleure, car la plus complète.) Mme. Gagnon et ses collègues soutiennent que la limitation drastique de contributions autorisées n’est pas la bonne solution aux problèmes d’intégrité qui affectent le système politique québécois et qu’elle risque d’avoir des effets pervers. Ils ont raison.

Car si l’intégrité des politiciens est remise en cause, et que l’existence de liens trop étroits entre certains d’entre eux et certains de ceux qui ont contribué à leur caisse électorale semble acquise, ce n’est pas le seul fait de faire un don, même un don substantiel, à un parti politique qui trahit une intention corrompue.   Or, comme le souligne Mme. Gagnon,

dans l’époque hystérique où nous sommes, ceux qui osent donner à un parti politique sont soupçonnés des pires intentions, les politiciens étant, quant à eux, vus comme des criminels en puissance n’attendant que l’occasion d’être soudoyés. Jolie façon d’encourager l’engagement politique des citoyens!

Pourtant, on accepte bien qu’une personne donne son temps, son énergie ou son influence à la politique. On salue les militants qui font du porte-à-porte, on applaudit les artistes qui profitent de leur visibilité pour prendre des positions “engagées”. On ne les soupçonne pas, ainsi que les politiciens qui acceptent leur aide, de corruption. Pourquoi s’indigne-t-on face à ceux qui, pour leur part, veulent  contribuer financièrement à la promotion des idées qu’ils partagent?

Et, comme d’habitude, l’indignation ne résulte pas en une réponse intelligente. La limitation de la contribution maximale va probablement éliminer une forme de corruption―l’utilisation de prête-noms par des entreprises ou des particuliers pour contribuer plus que la limite légale. Cependant, dit Mme. Gagnon,

La minorité de donateurs mal intentionnés et d’organisateurs malhonnêtes saura bien s’organiser pour contourner la loi. L’argent liquide circulera clandestinement encore davantage qu’aujourd’hui.

Car l’utilisation de prête-noms est déjà illégale. Ceux qui y ont recours choisissent de contourner la loi. Il n’y aucune raison de croire que leur détermination à le faire diminuera. De la valse de prête-noms on passera à la valse des enveloppes brunes, non moins pernicieuse, mais peut-être encore plus difficile à détecter.

D’autres effets pervers des mesures proposées par le gouvernement sont aussi prévisibles. Mme. Gagnon les décrit bien:

Les campagnes de financement populaire ne sont pas qu’une affaire de gros sous. Elles permettent aux leaders de reprendre contact avec leur base et aux militants d’entrer en contact avec leurs députés. Elles favorisent un sentiment de solidarité et de responsabilité individuelle envers le parti qui véhicule vos convictions.

Un parti vivant exclusivement aux crochets de l’État deviendra vite une coquille vide.

La formule aura aussi pour effet de scléroser la vie politique. Les subventions étatiques étant calculées selon les résultats électoraux antérieurs, comment un nouveau parti pourrait-il naître s’il ne peut compter sur des contributions de sympathisants?

Le problème, en fait, s’étend au-delà des nouveaux partis. Le financement en fonction des résultats de la dernière élection favorise le parti au gouvernement aux dépens de ceux dans l’opposition, peu importe, du reste, sa popularité réelle. Ainsi, ces dernières années, les contribuables finançaient le PLQ bien plus que les autres partis, tout en exprimant, mois après mois, une insatisfaction croissante à son endroit.

La réduction de la contribution financière maximale à un parti politique fera donc plus de mal que de bien. Surtout, elle n’aidera pas à redonner le contrôle du système politique aux citoyens, plutôt qu’à un establishment trop à son aise, ce qui devrait pourtant être le but de toute réforme de ce système.

3 thoughts on “L’argent en politique

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