Si jeunesse pouvait

Je voudrais revenir, en cette journée post-électorale, sur un billet qu’Ilya Somin a publié hier sur Volokh Conspiracy. Prof. Somin y remet en question le déni du droit de vote à  « une part énorme de notre population: les enfants de moins de 18 ans » (je traduis). Selon lui, cette exclusion est « injuste et contre-productive », et il faudrait au moins penser à accorder le droit de vote aux mineurs qui ont une connaissance suffisante du système politique.

Prof. Somin souligne que, s’il est vrai que les mineurs ont, en moyenne, moins de connaissances que les adultes, en moyenne toujours, ce n’est pas le cas de tous. Il y a des mineurs qui en savent plus sur la politique que l’adulte moyen. Cet adulte moyen, du reste, est passablement ignorant, et on ne s’en formalise pas outre-mesure. Il en va de même pour les autres raisons invoquées pour refuser le droit de vote aux mineurs, tels que le manque d’expérience ou la susceptibilité d’être influencés par leurs parents: on n’exige pas que les adultes aient une certaine expérience de vie, ou qu’ils paient les impôts, ou qu’ils fassent preuve de suffisamment d’indépendance, pour les laisser voter. Et, puisque la politique affecte les mineurs, et que les décisions prises aujourd’hui, alors qu’ils sont exclus du droit de vote continueront à les affecter tout au cours de leur vie, ils devraient, comme nous tous, avoir leur mot à dire. Certes, l’administration d’un test équitable de connaissance du système politique pourrait poser problème, mais il faudrait au moins essayer.

Prof. Somin mentionne la baisse de l’âge du droit de vote à 16 ans en Argentine et à Brême, en Allemagne. Les jeunes de 16 ans auront aussi le droit de vote au référendum sur l’indépendance de l’Écosse en 2014. Au Québec, le PQ a adopté une proposition en ce sens l’hiver dernier, bien qu’il ne l’ait pas incluse dans son programme. Prof. Somin ne discute pas vraiment cette alternative à sa proposition de tester les connaissances des mineurs. Sa préférence semble être pour le test, sans âge minimal d’éligibilité.

Pour ma part, je pense que l’option du vote à 16 ans est préférable à celle d’un test. Au-delà problèmes d’administrabilité évoqués par prof. Somin, ce sont arguments qu’il apporte lui-même qui semblent militer contre l’instauration de tests pour les mineurs. S’il n’y a pas de bonne raison de traiter les jeunes différemment des adultes, et les arguments de prof. Somin pour dire qu’il n’y en a pas sont très convaincants, alors il est sûrement injuste d’instaurer un test pour les premiers mais pas pour les seconds. Si les connaissances du système politique devraient être un critère pour pouvoir voter, il n’y a pas de raison pour ne pas appliquer ce critère aux adultes. Une telle proposition ne serait peut-être pas folle, mais je crois qu’on la rejetterait, pour plusieurs raisons (sur le plan juridique en tout cas; sur le plan purement moral, il on peut soutenir, comme le fait d’ailleurs prof. Somin, qu’on ne devrait pas exercer son droit de vote si on manque de connaissances suffisantes). On permet aux les adultes ignorants de voter. On devrait le permettre aux jeunes aussi.

Par contre, on reconnaît généralement que les jeunes, en-deçà d’un certain âge, manquent de maturité pour exercer leur jugement. Cette idée se reflète dans le droit criminel et le droit civil, qui limitent de plusieurs façons la capacité des mineurs à encourir certaines responsabilités, et je pense qu’elle peut aussi se refléter dans la restriction du droit de vote. Cependant, à partir d’un certain âge, à plusieurs égards, le droit traite les mineurs comme les adultes. On a le droit de conclure un contrat de travail, par exemple, avant d’avoir 18 ans. Je pense qu’il devrait en être de même du droit de vote. À 16 ans, le droit juge les jeunes passablement matures―ils peuvent travailler, décider d’aller à l’école ou non, et même, dans certains cas, être traités comme des adultes par le système de justice pénale. Je serais donc pour qu’on accorde le droit de vote dès 16 ans. Plus tôt encore? J’ai mes doutes, mais un jeune peut travailler sans autorisation de ses parents, en dehors des heures de cours, dès 14 ans. Et s’il est assez vieux pour travailler et payer des impôts, n’est il pas assez vieux pour choisir ceux qui décident quoi en faire?

3 thoughts on “Si jeunesse pouvait

  1. Pingback: Is it Unjust to Require Children to Pass a Knowledge Test to Vote, but Not Adults? - I Hate Paypal

  2. Pingback: Why Can’t They Vote? | Double Aspect

  3. Pingback: Cross-Purposes | Double Aspect

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